Protéger votre conjoint : la donation au dernier vivant
Christophe Chaillet, Directeur de l'Ingénierie Patrimoniale - 05/05/2026
Temps de lecture : 7 min
Perdre un être cher est une épreuve. Se retrouver dans une situation patrimoniale et juridique précaire l'aggrave sans aucun doute. La donation au dernier vivant est l'un des outils les plus efficaces pour éviter cela à condition de bien en comprendre le fonctionnement et les limites.
Christophe Chaillet, Directeur de l'ingénierie patrimoniale du CCF, répond à vos questions.
- Donation entre époux : de quoi parle-t-on exactement ?
- Quel est l'intérêt d'une donation au dernier vivant ?
- Succession et donation : quelle est la différence entre donation au dernier vivant et donation entre époux ?
- Et lorsqu’on est PACSé : quelle protection pour les couples non mariés ?
- Loi successorale et conjoint survivant : y a-t-il des évolutions récentes à connaître ?
- Donation au dernier vivant : avantages et inconvénients
- Donation au dernier vivant et divorce
- Quelle est la part des enfants lors d'une donation au dernier vivant ?
- Abattement et donation entre époux : quel est le coût d'une donation au dernier vivant ?
- Votre conseiller CCF vous accompagne
- Questions fréquentes sur la donation au dernier vivant
Donation entre époux : de quoi parle-t-on exactement ?
Christophe Chaillet : La donation au dernier vivant que l'on appelle aussi donation entre époux est un acte notarié par lequel chacun des époux consent à transmettre à l'autre une part plus importante de son patrimoine que ce que prévoit la loi au moment du décès. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, elle ne prend pas effet du vivant des deux époux : elle est suspendue à la condition du décès de l'un d'eux, et c'est à ce moment seulement que le conjoint survivant en bénéficie.
C'est un acte de prévoyance, avant tout. Il exprime une intention claire :
"Je veux que mon conjoint soit protégé, quoi qu'il arrive."
Quel est l'intérêt d'une donation au dernier vivant ?
CC : La loi prévoit des droits pour le conjoint survivant, mais ils peuvent s'avérer insuffisants - notamment en présence d'enfants. Sans donation au dernier vivant, le conjoint survivant peut choisir entre recevoir un quart de la succession en pleine propriété, ou la totalité en usufruit. Ce choix, qui doit être exercé dans des délais légaux, peut s'avérer complexe à gérer dans un moment de deuil.
La donation au dernier vivant élargit significativement ces options. Elle permet au conjoint survivant de choisir entre trois possibilités, selon ce qui correspond le mieux à sa situation au moment du décès :
- La totalité de la succession en usufruit : il conserve l'usage et les revenus de tous les biens jusqu'à son propre décès, sans en être propriétaire.
- Le quart en pleine propriété et les trois quarts en usufruit : une combinaison qui lui assure à la fois une capacité d'action immédiate et des revenus durables.
- La quotité disponible en pleine propriété : la part maximale que la loi autorise à transmettre librement, variable selon le nombre d'enfants.
Cette souplesse est précieuse. Elle permet au conjoint de s'adapter à sa situation réelle au moment du décès, plutôt que d'être contraint par des règles figées.
Succession et donation : quelle est la différence entre donation au dernier vivant et donation entre époux ?
CC : Ce sont deux appellations pour le même acte. On parle de donation au dernier vivant pour insister sur l'effet différé : la donation ne produit ses effets qu'au décès de l'un des époux. On parle de donation entre époux pour souligner qu'elle est réservée aux couples mariés. Dans les deux cas, il s'agit du même dispositif juridique, formalisé par acte notarié.
C'est un point important : la donation au dernier vivant est exclusivement réservée aux couples mariés. Elle ne peut pas être conclue entre partenaires de PACS ni entre concubins.
Et lorsqu’on est PACSé : quelle protection pour les couples non mariés ?
CC : C'est une question souvent sous-estimée bien qu’essentielle. Le partenaire de PACS et le concubin ne bénéficient d'aucun droit automatique sur la succession de leur partenaire décédé. En l'absence de dispositions spécifiques, le patrimoine revient aux héritiers légaux - enfants, parents, frères et sœurs - sans que le partenaire survivant ne reçoive quoi que ce soit.
Pour les partenaires de PACS, la rédaction d'un testament est indispensable pour transmettre une partie du patrimoine au survivant. Ce testament permet de lui attribuer jusqu'à la quotité disponible, avec une exonération totale de droits de succession entre partenaires pacsés, soit un avantage fiscal notable.
Pour les concubins, la situation est encore plus exposée : en l'absence de testament, rien n'est transmis au concubin survivant. Et même avec un testament, les droits de succession applicables s'élèvent à 60 % des sommes transmises, un taux prohibitif. Dans ce cas, l'assurance-vie constitue souvent l'outil le plus efficace pour protéger un concubin, grâce à sa fiscalité spécifique et à la liberté de désignation du bénéficiaire.
Au-delà des outils patrimoniaux, une assurance prévoyance peut également apporter une protection complémentaire au partenaire survivant, en lui garantissant un capital ou des revenus au moment du décès. C'est une dimension à ne pas négliger dans une réflexion globale sur la protection des proches.
La protection du conjoint survivant est donc intimement liée au statut du couple. C'est l'une des premières questions que nous abordons avec nos clients lorsqu'ils souhaitent organiser la transmission de leur patrimoine. Si vous êtes dans cette situation, n'hésitez pas à en parler avec votre conseiller CCF.
Loi successorale et conjoint survivant : y a-t-il des évolutions récentes à connaître ?
CC : La réglementation en matière de succession et de droits du conjoint survivant évolue régulièrement. Il est donc indispensable de faire le point périodiquement avec son conseiller et son notaire pour s'assurer que les dispositions mises en place restent adaptées à sa situation personnelle et conformes à la législation en vigueur.
Fiscalité applicable aux résidents fiscaux français au 1er janvier 2026, sous réserve d'évolutions ultérieures de la réglementation.
Donation au dernier vivant : avantages et inconvénients
CC : Les avantages sont réels et nombreux. La donation au dernier vivant est un acte relativement simple à mettre en place, dont le coût chez le notaire reste modéré au regard de la protection qu'elle apporte. Elle est révocable unilatéralement à tout moment par chacun des époux sans que l'autre en soit informé, ce qui lui confère une souplesse appréciable. Elle est également automatiquement révoquée en cas de divorce, ce qui protège les deux parties.
Sur le plan des droits de succession entre époux, les transmissions entre conjoints mariés bénéficient d'une exonération totale, quel que soit le montant transmis. La donation au dernier vivant permet donc d'amplifier cette protection sans coût fiscal supplémentaire.
Ses limites méritent néanmoins d'être bien comprises. Elle ne peut pas priver les enfants de leur réserve héréditaire (la part minimale que la loi leur garantit). En présence d'enfants, la part transmissible au conjoint est donc encadrée. Par ailleurs, si le conjoint opte pour l'usufruit de la totalité des biens, les enfants deviennent nus-propriétaires et ne récupèrent la pleine propriété qu'au décès du second parent, ce qui peut créer des tensions dans certaines configurations familiales, notamment les familles recomposées.
Donation au dernier vivant et divorce
La donation au dernier vivant est automatiquement révoquée en cas de divorce, dès le prononcé de la séparation. Cette révocation automatique est une protection pour les deux époux : elle évite que l'ex-conjoint ne bénéficie de droits élargis sur une succession future. Il n'est donc pas nécessaire de révoquer formellement la donation en cas de séparation : elle cesse de produire ses effets de plein droit. En revanche, si vous souhaitez maintenir des dispositions en faveur de votre ex-conjoint après le divorce, cela nécessite de nouvelles dispositions testamentaires, après que le divorce est définitivement prononcé.
Quelle est la part des enfants lors d'une donation au dernier vivant ?
CC : Les enfants conservent en toutes circonstances leur réserve héréditaire. En présence d'un enfant unique, celui-ci reçoit au minimum la moitié de la succession. Avec deux enfants, chacun reçoit au moins un tiers. Au-delà, les enfants se partagent les trois quarts de la succession. La donation au dernier vivant joue sur la quotité disponible - la part restante - sans jamais pouvoir diminuer la réserve héréditaire des enfants.
Abattement et donation entre époux : quel est le coût d'une donation au dernier vivant ?
CC : Le prix d'une donation au dernier vivant chez le notaire est encadré par un barème réglementé. Il reste généralement modeste (de l'ordre de quelques centaines d'euros) ce qui en fait l'un des actes patrimoniaux les plus accessibles au regard de la protection qu'il procure. Des frais de formalités et de publication s'y ajoutent. Votre notaire vous communiquera le coût précis selon votre situation.
Sur le plan fiscal, les transmissions entre époux bénéficient d'une exonération totale de droits de succession. Il n'existe pas d'abattement à proprement parler, mais une exonération complète, quelle que soit la valeur des biens transmis.
Votre conseiller CCF vous accompagne
La donation au dernier vivant est souvent la première étape d'une stratégie de transmission patrimoniale bien construite.
Elle s'inscrit dans une réflexion plus large : régime matrimonial, assurance-vie, testament, donations aux enfants — autant de dimensions que vos Experts du CCF sont à même d'analyser avec vous, dans le respect de votre situation personnelle et familiale.
Parlez-en à votre conseiller. Un premier échange suffit souvent pour identifier les priorités.
Questions fréquentes sur la donation au dernier vivant
Non. La donation au dernier vivant est un acte volontaire, qui doit être formalisé devant notaire. Elle ne se met pas en place automatiquement au moment du mariage. Sans démarche spécifique, c'est la loi qui s'applique avec des droits pour le conjoint survivant qui peuvent s'avérer insuffisants selon votre situation.
Si le conjoint survivant opte pour l'usufruit de la totalité de la succession, il conserve le droit d'habiter le logement familial et d'en percevoir les revenus s'il est mis en location. Les enfants, nus-propriétaires, ne peuvent pas disposer du bien sans l'accord de l'usufruitier. Au décès du conjoint survivant, la pleine propriété leur revient automatiquement, sans droits supplémentaires à acquitter.
Le conjoint survivant dispose également d’un droit de jouissance gratuite pendant un an sur le logement de famille (et ce même s’il renonce à la succession). Il peut également exercer son droit viager sur le logement de famille si le logement dépend de la succession.
Les informations contenues dans ce document sont fournies à titre indicatif et à caractère général. Elles ne constituent pas un conseil personnalisé. La fiscalité est susceptible d'évoluer. Pour toute décision patrimoniale, nous vous recommandons de consulter votre conseiller CCF ainsi qu'un notaire ou un conseil fiscal indépendant.